La parution aux éditions P.O.L. de La Maison Cinéma et le monde, accompagné d’un numéro spécial Serge Daney de la revue qu’il fonda : Trafic, viennent nous donner des nouvelles rétrospectives du ciné-fils, mais aussi du critique des images du monde, de l’Histoire. Il est désormais possible de mesurer plus encore l’importance de sa « cinécriture ». Au coeur de ce montage, l’expérience, la critique et le deuil que libère la puissance des images et des mots.

Visions de Guy Debord, la gloire du paria
voir le sommaire In Le 1 Hebdo : « Ce que nous dit Guy Debord », texte publié sous le titre L’esthétique du détournement (voir bas de page) – août 2023.Visions de Guy Debord, la...

Yan Ciret : L’Autre Étranger (Ici et Ailleurs) – Marc Augé
Anthropologue/Ethnologue – (président de l’EHESS entre 1985 et 1995)Entretien avril 1994, publié dans la Revue du Théâtre de la Bastille n°17, 1995. Photogramme © Rachel Godefroy / Film...

Serge Daney ou le passage du témoin
Yan Ciret (Le Quotidien de Paris, 13 août 1993)Introduction, in Le Monde Hors-Série, Juin 2025...

Œuvres, Édouard Levé (P.O.L., 2002)
Yan Ciret, in Art Press, décembre 2002. Si l’ouverture à l’infini donne à une œuvre sa capacité à faire venir des visions concrètes, à leur maximum de possibles, il faut bien considérer...

Événements 99
Événements 99, Anne-James Chaton, éditions Al Dante, 2001In « art press » mai 2002 On ne peut parler d’Evénements 99 qu’en termes d’extériorité, de figures du dehors,...

Précisions sur ma poésie et moi. Dix magnifiques poèmes
Jean-Isidore IsouEd. ExilsIn art press 292...

Agnès Thurnauer : Now When Then / Journal et autres écrits
In Critique d’art 43 | Automne 2014La position cartographique, et généalogique, d’Agnès Thurnauer est l’une des plus singulières de la peinture actuelle. Lorsque l’espace et le...

Pierre Alferi, horizons mobiles
Entretien « art press », 262, novembre 2000 Politique de la fraternité, politique des affects, les pleurs d’Achille sur le corps mort de son amant Patrocle, larmes de César portant la tête...

Dernières nouvelles des mondes flottants
Kenneth White, entretien avec Yan Ciret Revue du Théâtre de la Bastille,1994, dir. Yan Ciret. Repris en volume “Le lieu et la parole” Kenneth White, éditions du Scorff (1997). Conversations...

Guy Debord, un stratège dans son siècle
Par Yan Ciret in « magazine littéraire » – juin 2001« L’aventurier est celui qui fait arriver les aventures, plus que celui à qui les aventures arrivent » (Potlatch n°7, 3 août...

Ça m’a même pas fait mal, Manuel Joseph, photographie : Jean-Luc Moulène (éditions Al Dante, 2000)
De Yan Ciret in Art Press n°274 (décembre 2001)
Partons d’une évidence, il n’y a pas de « littérature d’enfants ». Étymologiquement, l’in-fans est celui qui vient avant la forme, qui n’a pas accès à la syntaxe, ni à la maîtrise du vocabulaire. Il vient avant le langage, vivant dans les limbes sociaux.
Et si son expression n’est pas articulée autour des notions de communications verbales, il n’en a pas moins une pensée avec sa construction propre. Dans ce sens, la littérature pour enfant fait le contraire, elle élabore un discours de commentaire sur l’enfance, dénonçant en cela son caractère adulte.

Philip Roth – Le doigt sur la plaie
Parlons travail ; La Bête qui meurt ; La Contre-vie (nouvelle traduction de Josée Kamoun) Éditions Gallimard
Yan Ciret : Art press, Octobre 2004.
Depuis ses débuts, Philip Roth cogne là où ça fait mal. Si vous cherchez dans l’invention romanesque une rédemption, la moindre consolation, passez votre chemin. C’est le pire qui vous attend. Pas l’ombre d’un humanisme compassionnel, mais pas de trace non plus de ce cynisme étriqué qui fait l’ordinaire des romans à la mode. Le cynisme modernisé n’étant que l’autre nom de la haine, du kitsch dans le ressentiment. Dans l’un des dialogues que Roth mène avec Milan Kundera dans Parlons travail tout est résumé d’un trait par l’écrivain tchèque : « La vie humaine est bornée par deux abîmes : d’un côté le fanatisme, de l’autre le scepticisme absolu. ». Voilà qui nous amène au cœur du sujet Philip Roth, l’espérance et le désespoir sont les deux faces du même nihilisme, de la même pulsion de mort.

Decouflé Vidéodrome
On peut imaginer deux ou trois choses sur le «Barnum audiovisuel» du troisième millénaire. Concédons d’abord qu’une bonne partie de son défilé d’information, et qu’une partie de ses fictions d’actualité sont déjà «transgéniques», du réel modifié, dénaturé. Pour s’y retrouver, l’expérience ne suffit plus ; le réel lui même se passe de vérification et s’accorde à prendre le format du direct télévisuel. La nature imite l’art en somme, sauf que d’art, il n’y en a pas. Plutôt des parts de marché distribuées au milieu de leçons de morale humanitaires. Il fallait un allumé aussi doué que Philippe Decouflé pour venir tirer son épingle dans un jeu cathodique aussi verrouillé. De ce réel transfusé dans le bocal d’asepsie de l’information, le créateur de Decodex a fait une salubre «piste aux étoiles». Contre toute attente, ses micro-fictions plastiques, ses corps détourés et souples, son imaginaire où le peuple ne manque pas, sont devenus des poissons dans l’eau du bain télévisuel. L’aquarium amniotique de la lucarne ouvre son œil de loupe dès qu’apparaissent ces électrons sinon libres, du moins assez en apesanteur, assez «délirants», pour interrompre le flux continu d’images.

Le fils sauvage – entretien de Stanislas Nordey avec Yan Ciret
Yan Ciret : Guibert déjà très atteint par le sida devait jouer en Avignon son propre rôle. Dans son idée de transparence totale. Est-ce que ce n’est pas finalement, ce qu’on pourrait demander à tout acteur? D’arriver à se balancer avec son propre corps, sa propre maladie, ses propres affects et arriver à cette extrême visibilité de lui-même ?
Stanislas Nordey : Je suis assez pour cela, étant quelqu’un qui travaille avec les acteurs souvent sans savoir exactement où cela s’arrête. Même si tu travailles dans une transparence totale, sur un plateau, tu n’es plus dans le même temps et le même espace. Par exemple, à la fin des séances, je fais ce qui s’appelle des “notes de travail”; chaque comédien va sur scène, tout seul, face aux autres et il raconte comment s’est passée la journée de travail, c’est lui qui parle avec ce qu’il a, avec son corps.

Olivier Cadiot – Retour définitif et durable de l’être aimé (éditions P.O.L.)
Interview de Yan Ciret in artpress 271 / février 2002
Yan Ciret : Votre premier livre l’Art poétic’ spatialisait l’espace à la manière d’une maquette, d’un plan d’architecture, dans la lignée de Mallarmé ou des Carnets de Valéry, donnant au livre une ouverture vers un paysage de signes, ceux-ci allaient par extension logique se concrétiser dans la musique avec Pascal Dusapin, avec Rodolphe Burger et le sample aujourd’hui ; mais ce passage par la voix, la scène avec le Colonel des zouaves, revient dans Retour définitif et durable de l’être aimé, sous forme de temporalités, de rythmes, de stanze. Est-ce qu’un art du temps (du tempo) ne s’est pas substitué à un art de l’espace ?

L’autodafé de Guy Debord (I)
Une esthétique du dépassement de l’art
Conférence de Yan Ciret, pour le colloque « Guy Debord » au Parlement des philosophes et Musée d’art moderne de Strasbourg. Février 2007

Montebello, Maryse Condé
Entretien de Yan Ciret avec Maryse Condé pour la revue « Identité Caraïbes »,

Jacques Rancière Le tombeau de la fin de l’histoire
Entretien par Yan Ciret (Numéro 258, artpress, juin 2000).
Philosophe du lien entre esthétique et politique, Jacques Rancière publie Le Partage du sensible (éditions La Fabrique), un livre clef qui récuse les dramaturgies de la fin de l’histoire tout autant que les « retours à » réactionnaires. Au-delà des débats sur la crise de l’art la mort de l’image, la fin des idéologies, c’est l’inscription des pratiques artistiques dans un découpage des temps et des espaces, du visible et de l’invisible de la parole et du bruit, qui est recherchée. Sa lecture de l’histoire à travers la fiction, son analyse de la modernité hors des catégories, font de cette pensée l’un des espaces d’intelligibilité de l’art actuel.

Le dos de dieu – Romeo Castellucci / Entretien
Révélation du dernier Festival d’Automne, la Societas Raffaello Sanzio met en scène l’origine et la fin du monde, à travers un théâtre où les états du corps sont confrontés à la matière, corps de l’animal et machine. Leur metteur en scène, Romeo Castellucci, produit une œuvre inclassable entre mythe et plasticité infernale. art press n° 270, (juillet-août 2001)

Valère Novarina : langue perdue, langues sauvées
Entretien Valère Novarina.
Écrivain, metteur en scène, peintre
Revue « Cahiers de Théâtre », juin 1993.
Au moment où paraissent L’Inquiétude et L’animal du temps tirés du Discours aux animaux (POL), on mesure à quel point les textes de Valère Novarina sont fondamentaux – au sens de la musique ou de la physique fondamentale. – pour la survie du théâtre par l’écriture. Parce qu’ils ont la violence baroque des grands textes hérétiques de Giordano Bruno, avec la force de ces hérésies oratoires qui portent en elles toutes les transfigurations humaines, la violence blanche et noire, sarcastique, de Rabelais à Swift, des imprécations qui invoquent la perte originelle de l’innocence, notre chute dans le temps, et l’assomption dans le verbe.

Ce qu’intervenir veut dire – Entretien avec Pierre Bourdieu
Cet entretien avec Pierre Bourdieu a été réalisé par Yan Ciret en décembre 1994, suite à la sortie de « La misère du monde », un imposant ouvrage de facture inhabituelle dans lequel une équipe de vingt-trois sociologues a procédé à de longs entretiens avec tout un kaléidoscope social de personnes : travailleurs immigrés, habitants de Zup, couple de SDF ou de petits agriculteurs, policiers, infirmières, étudiants…

B.M. Koltès, lettres de la beauté damnée de l’outre-monde
Yan Ciret, nonfiction.fr, 15 octobre 2009.
La reconnaissance publique que connaît Bernard-Marie Koltès n’a peut-être d’égale que sa méconnaissance profonde. Le dramaturge serait un maudit en pleine lumière, un malentendu éclatant, pour l’auteur français le plus représenté dans le monde.

Philip Roth – Du péché originel
La Tache (éditions Gallimard)
Yan Ciret – Art press n° 284, 1 novembre 2002
Philip Roth est un ogre, l’un de ceux dont les livres dévorent la réalité jusqu’à la laisser exsangue. On croyait son talent en perte de vitesse (1) puis vint Patrimoine, retour sur soi à travers la mort du père. Suivirent ces pics que sont l’Opération Shylock et le Théâtre de Sabbath, exercices de schizophrénie délirante opérant dans la chair même de la théodicée américaine ; c’est-à-dire remuant ciel et terre pour faire rendre sa vérité à l’alliance entre la justice divine hébraïque confondue au messianisme de «l’axe du bien».
