Il faudrait relever les mille manières d’évitements, d’aveuglements, dont la figure de P.P. Pasolini a été systématiquement l’objet. On croit le connaître, l’identifier en dissident martyr, en philologue marxiste, chrétien, et adepte de Freud, puis en cinéaste de la sacralité héritée de ses maîtres de la Renaissance italienne. N’a-t-il pas voué un culte sans partage à Roberto Longhi, l’historien d’art de la « fulguration figurative » pasolinienne? C’est-à-dire une haine de l’abstraction, l’amour et l’adoration de l' »expression » native des corps, des visages, qui lui faisait détester les froides extensions rationalistes des écrits sadiens.

Visions de Guy Debord, la gloire du paria
voir le sommaire In Le 1 Hebdo : « Ce que nous dit Guy Debord », texte publié sous le titre L’esthétique du détournement (voir bas de page) – août 2023.Visions de Guy Debord, la...

Yan Ciret : L’Autre Étranger (Ici et Ailleurs) – Marc Augé
Anthropologue/Ethnologue – (président de l’EHESS entre 1985 et 1995)Entretien avril 1994, publié dans la Revue du Théâtre de la Bastille n°17, 1995. Photogramme © Rachel Godefroy / Film...

Serge Daney ou le passage du témoin
Yan Ciret (Le Quotidien de Paris, 13 août 1993)Introduction, in Le Monde Hors-Série, Juin 2025...

Œuvres, Édouard Levé (P.O.L., 2002)
Yan Ciret, in Art Press, décembre 2002. Si l’ouverture à l’infini donne à une œuvre sa capacité à faire venir des visions concrètes, à leur maximum de possibles, il faut bien considérer...

Événements 99
Événements 99, Anne-James Chaton, éditions Al Dante, 2001In « art press » mai 2002 On ne peut parler d’Evénements 99 qu’en termes d’extériorité, de figures du dehors,...

Précisions sur ma poésie et moi. Dix magnifiques poèmes
Jean-Isidore IsouEd. ExilsIn art press 292...

Agnès Thurnauer : Now When Then / Journal et autres écrits
In Critique d’art 43 | Automne 2014La position cartographique, et généalogique, d’Agnès Thurnauer est l’une des plus singulières de la peinture actuelle. Lorsque l’espace et le...

Pierre Alferi, horizons mobiles
Entretien « art press », 262, novembre 2000 Politique de la fraternité, politique des affects, les pleurs d’Achille sur le corps mort de son amant Patrocle, larmes de César portant la tête...

Dernières nouvelles des mondes flottants
Kenneth White, entretien avec Yan Ciret Revue du Théâtre de la Bastille,1994, dir. Yan Ciret. Repris en volume “Le lieu et la parole” Kenneth White, éditions du Scorff (1997). Conversations...

Guy Debord, un stratège dans son siècle
Par Yan Ciret in « magazine littéraire » – juin 2001« L’aventurier est celui qui fait arriver les aventures, plus que celui à qui les aventures arrivent » (Potlatch n°7, 3 août...

Sarah Kane, dernier blasphème de l’Occident
« Le suicide est une catégorie de l’Espérance. » Jacques Lacan.
Devant une pièce telle que 4.48 Psychose, de Sarah Kane, quelque chose claque, comme une évidence, une manière lumineuse d’être en présence d’un chef d’œuvre. On se demande alors, pourquoi tant d’évitements, de refuges, de dénégations, d’appropriations fausses ou vampiriques. La langue est-elle maniée, dans sa profondeur la plus haute, avec une intensité telle, que personne ne pourrait s’y attaquer sans s’y brûler, s’aveugler sur son sens ? Certains y voit, opportunément, une pièce testamentaire, signée par le suicide de son auteur, d’autres refluent vers l’indicible, les zones obscures de l’invisible, la métaphysique de théâtre. Combien de manières, de ne pas lire, de ne pas voir, de ne pas entendre, et au final tant de façons de ne pas vouloir savoir.

Outside Poetry /Vox in Action – Remarques sur le festival actoral
Un au-delà de « l’émergence des nouvelles écritures » devrait se dessiner, pour récuser ce que les formules peuvent avoir de normatif ou d’amnésique. Il n’y a rien de nouveau dans le montage des disciplines, performances, arts plastiques, pratiques textuelles, chorégraphies, musiques, il n’y a que l’apparition de ce qui était voilé, relégué à l’arrière plan. C’est un mouvement de fond, qu’un festival tel qu’actoral fait maintenant surgir, rend clair à la distinction des genres. Et non pas à leur confusion « transdisciplinaire » désormais largement officialisée.

Le Don de Gabriel – Hanif Kureishi
L’accueil plus que réservé, fait au livre d’Hanif Kureishi Le don de Gabriel, ressemble à s’y méprendre au malentendu du Furies de Salman Rushdie. Non pas qu’il faille toujours comparer les deux auteurs, cela a déjà été (en vain) beaucoup le cas, par facilité communautaro-littéraire, mais parce que dans les deux œuvres on a cru voir un repli sur l’intimité. « Grâce », notamment, à l’explicite d’Intimité, livre de Kureishi adapté au cinéma par Patrice Chéreau.

La fabrique, la révolution, l’émancipation – Jacques Rancière
Une pieuvre idéologique enserre toute pensée révolutionnaire, elle en destitue la violence légitime, qui déclasse l’ordre établi ; elle lui dénie le droit à la théorie nécessaire, qui réintroduit le « n’importe qui » démocratique dans un agencement qui échappe au déterminisme social. Cette pensée émancipée s’élève contre l’assignation de l’individu à des identifications lui retirant sa capacité subjective, de produire du sens en son nom propre. Nombre des auteurs de la Fabrique connaissent ce procès.

Orwell, l’outsider des vies ordinaires
Le peuple des opprimés, des humiliés, a été l’une des spéculations intellectuelles majeures de notre temps. Qui est-il ? Que veut-il, au-delà des offenses? La question de Reich est toujours restée sans réponse : pourquoi les masses ont-elles désiré le fascisme ? Le livre de Bruce Bégout De la décence ordinaire n’esquive pas la question.

La sublime Genèse du Théâtre du Radeau
Il ne fait pas mystère, pour qui l’a vu, que la puissance du Théâtre du Radeau tient d’une persistance rétinienne, qui nous mène vers des zones opaques, inconscientes dont on ne revient pas indemne. L’essai qui vient de paraître François Tanguy et le Radeau avance au plus près de ce théâtre de l’étrangeté ; il ne nous en donne pas l’exégèse, la philosophie manifeste, il ne boucle rien de l’expérience du Radeau. Le livre s’efface dans le langage même de cette théâtralité, il entre en fusion avec son discours.

La passion de l’idiotie selon Clément Rosset
Longtemps, Clément Rosset a fait figure de philosophe à part, d’excentrique d’une certaine manière. Trop français, pas assez germanique, écrivant avec brièveté et laconisme (quelle faute de goût), loin de tout idéalisme post-heidegerrien, incapable de saisir que le réel n’est qu’un mirage qui se joue entre « l’être » et « l’étant », l’écrivain poursuivait une route aride, sans rédemption ni remise à plus tard de l’incurable néant de vivre.

Koltès, un romancier des origines
Magazine Littéraire, N°395, février 2001.
Il faut imaginer qu’un écrivain est avant tout un grand lecteur. Quelqu’un qui réécrit au fur et à mesure qu’il lit. La littérature est son pays réel, les écritures son voyage dans l’espace, comme sa recherche dans la courbe du temps. Bemard-Marie Koltès ne fait pas exception à cette règle. On sait que son dialogue platonicien Dans la solitude des champs de coton est une réécriture détournée des Méditations métaphysiques de Descartes.

Les romans Shandy de Nathalie Quintane, suivi d’un entretien avec l’auteur
Dans son roman Cavale, Nathalie Quintane resserre quelque chose qui n’apparaissait qu’en filigrane dans ses livres précédents : la colère. La dispute n’y est plus un simple mouvement dialectique d’une fabulatrice hors normes, Elle génère le mouvement même de l’écriture, comme un régime narratif.

Debord sans temps mort
La réfutation comme mode d’agir a été, longtemps, la pratique de Guy Debord. Une récusation de « tous les jugements tant élogieux qu’hostiles » portés sur lui, pour reprendre sa formule, fut son signe, sa déclaration de guerre, préalable à tout discours sur la société spectaculaire marchande. Dans une lettre du 27 mars 1993, adressée à Brigitte Cornand, à propos du film de Canal +, Guy Debord, son art et son temps, il écrit ceci : « Je ne veux entendre, ni ne veux que vous entendiez vous-même, de quiconque, aucune sorte de remarque, même élogieuse.

Bernard-Marie Koltès, retour à Babylone
Un dramaturge tel que Bernard-Marie Koltès ne laisse pas, uniquement, une œuvre théâtrale. Ce documentaire sonore conçu par Yan Ciret et réalisé avec Pascale Rayet, souligne combien il continue de nous ouvrir une pensée de l’altérité radicale. Un portrait diffusé sur France Culture in « Surpris par la nuit ».

J. G. Ballard : De l’abjection du bien
Comment voulez-vous mourir ? La souffrance n’est-elle pas votre unique sensation ? N’auriez-vous donc que cette expérience ou passion pour connaître le monde ? Enfermement, étouffement, asphyxie, surveillance, haine, psychose collective ne forment-ils pas le fond de l’aventure humaine ? Comme dans un réflecteur, ces questions se superposent dans Sauvagerie de J.G. Ballard.

Prophéties américaines et schizophrénie romanesque
Dans chacune des nouvelles d’Adam Haslett, un bruit sourd frappe dans un brouillard, c’est un coup de hache silencieux, qui s’abat sur la vitre de l’espérance. Appelons cela, la fatalité. Le couple, ou le dédoublement solitaire du malheur, achève de mettre en évidence cette dépression psychique. « Il est la chaîne et le boulet. Elle aura beau lutter, il finira par l’entraîner dans l’abîme. », c’est dans l’une des plus impressionnantes nouvelles de ce recueil Vous n’êtes pas seul ici.
